Article paru dans  …491 

octobre 2001

 

compagnie A.R.S.

Un peu de fantaisie que diable !

 

Les 26 et 27 octobre la salle Rameau ouvre ses portes aux Fantaisies de la compagnie A.R.S. (Art et Recherche Scénique). Un spectacle composé de cinq histoires qui "se tissent et se croisent à différents niveaux", que l'on se retrouve dans un salon de coiffure, aux côtés d'un champion ou parachuté dans la Guerre de 100 ans. Une façon non linéaire de concevoir la narration théâtrale où le corps, les sons et les lumières ont une place prépondérante : "C'est un travail qu'on a voulu très simple, accessible à tout le monde et basé sur des éléments sensoriels très concrets : toucher une table, prendre un verre… En même temps on est parti sur l'idée d'image : qu'est-ce que c'est ? Pas simplement quelque chose de visuel mais un ensemble complexe composé où il peut y avoir du son, des effets de lumières, des gestes etc. On a été très influencé par Godard :où il y a un rapport très net entre la bande-son et l'image, on s'est dit qu'au théâtre c'était tout à fait possible de faire pareil, dans d'autres circonstances, et avec d'autres moyens. " Ancien lettreux, licencié de philo et de lettres, le metteur en scène Eric Zobel a monté A.R.S. il y a maintenant deux ans en compagnie de Marie Bardet et Emmanuel Courtieu, après avoir travaillé aux côtés de la compagnie des Lucioles et de Pascal Omhovère, assistant de Valère Novarina. Tout cela n'aurait sans doute pas été possible si le jeune homme n'avait pris la sage résolution d'abandonner l'ENSATT... La rencontre de Julyen Hamilton, improvisateur anglais officiant surtout dans le domaine de la danse et se réclamant de l'avant garde américaine des années 70, fut décisive dans son parcours : 'j'ai découvert d'autres moyens d'expressions scéniques beaucoup plus efficaces que la parole». Ce n'est donc pas vraiment un hasard si le travail corporel tient une si grande place dans l'élaboration des spectacles de la compagnie

 

« Ce sont  aussi les arts martiaux, leur côté pragmatique, qui m'ont amené travailler cela. N'importe quel geste quotidien peut paraître machinal mais il demande qu'on en ait une très forte conscience et c'est cela qui m'intéresse. " Simplicité et efficacité, sans pour autant tomber dans le minimalisme, afin de « donner à voir, à sentir, à entendre, à imaginer... autant dire à penser », tels semblent être les buts recherchés dans Fantaisies. Pour ce faire, le trio "touche-à-tout" ( Marie Bardet s'occupe aussi des costumes, Eric Zobel des lumières) est d'abord parti d'un travail d'improvisation totale « cela nous a donné une liberté folle. Ensuite il a fallu cadrer mais sans imposer d’idées subjectives ou personnelles. Je propose plutôt des dispositifs : un acteur évolue sur scène tandis que l'autre fait des sons avec des objets divers et crée un décalage. On tâtonne au hasard pour repérer ce qui fonctionne. Ensuite ce qui nous intéresse c'est l'objectivité . .si ça marche, on le ressent. »

 

Ainsi les textes (Apollinaire, Rimbaud, Michaux) n'ont pas été choisis au préalable, « ils se sont imposés d'eux-mêmes" selon l'écho qu'ils donnaient aux thèmes abordés : la folie. le mouvement entre extérieur et intérieur, la Guerre de Cent ans... Autant de sujets qui ont émergé au fil du travail d'improvisation, au gré des fantaisies A.R.S.iennes... "On voulait faire du théâtre engagé, on a décidé de dénoncer la Guerre de 100 ans... Eric Zobel sourit, en fait nous sommes plutôt réservés face au théâtre engagé. Même si les messages sont charitables, les modes d'expression restent souvent ceux de la domination. C'est aussi une question de modestie: en réunissant 300 personnes dans une salle on ne s'adresse qu'à une partie de la population très restreinte. II me semble que ce qui est directement proposé, ce qui touche les gens est plus intéressant que ce que l'on veut dire »

 

Salle Rameau les 26 et 27 octobre.

                                                   Florence Broizat